Lettre ouverte destinée à L’Union des producteurs agricoles – UPA, publiée le 12 février 2026 dans L’Éclaireur Progrès
Me John-Nicolas Morello, avocat, président fondateur du DAQ, Dr Jean-Jacques Kona-Boun, médecin vétérinaire, MSc, diplômé de l’American College of Veterinary Anesthesia and Analgesia, Tommy Varin-Marion, B.Sc., M.Sc., recherchiste et responsable des relations gouvernementales, DAQ
La mort tragique des êtres animaux brûlés vifs
À la suite de la prise de position de l’Union des producteurs agricoles (UPA) sur les incendies dans les bâtiments d’élevage, ayant causé la mort de plus de 650 000 êtres animaux au Québec en onze ans, il nous semble nécessaire de rétablir certains faits. Ces chiffres accablants traduisent une réalité que l’UPA semble vouloir ignorer.
Il est reporté que le directeur général de l’UPA, M. Charles-Félix Ross, a qualifié la position de la Communauté Droit animalier Québec (DAQ) fondée sur son étude de 106 pages, de sensationnaliste et d’exagérée. Toutefois, cette dernière repose sur des sources journalistiques fiables. Aucun recensement officiel n’existe et le bilan réel est sous-estimé. La préoccupation sociale est manifeste : pétitions, appuis d’organisations et indignation publique témoignent de l’importance de cet enjeu.
La loi édicte la sentience, l’UPA démontre son indifférence
Depuis 2015, les êtres animaux bénéficient d’un statut juridique spécifique dans le Code civil et la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal. Ils ne sont plus de simples biens meubles. Pourtant, l’UPA minimise la gravité des incendies et la souffrance de plus d’un demi-million d’entre eux, en dépit de la reconnaissance légale de leur sentience. Chaque incendie est une tragédie.
En comparant le nombre d’incendies au nombre total des bâtiments agricoles, sans distinguer ceux destinés à l’élevage, l’UPA évince ainsi l’essentiel : un seul bâtiment peut contenir des milliers, voire des dizaines de milliers d’individus. Depuis l’entrevue du directeur général de l’UPA le 30 décembre 2025, déjà 85 175 êtres animaux sont morts dans d’atroces souffrances.
De plus, l’UPA compare les incendies à l’abattage, ce qui est préoccupant. L’abattage est planifié, encadré et supervisé. Les incendies, eux, provoquent une mort atroce par suffocation, brûlures et inhalation de fumées toxiques. Ces morts lentes et douloureuses ne peuvent être banalisées. Que ces êtres soient destinés à l’abattage ne limite en rien leur droit à une protection minimale.
La négligence systémique face aux risques évitables
L’UPA prétend que ces drames sont inévitables et « marginaux ». Pourtant, le ministère de la Sécurité publique classe les bâtiments agricoles parmi les infrastructures à haut risque d’incendie. Depuis des années, l’UPA affirme travailler sur un guide de bonnes pratiques pour la conception de ces bâtiments, mais il n’a toujours pas été rendu public. En parallèle, elle dépense annuellement 49 millions de dollars en publicité contre seulement 2 millions en recherche et développement.
La loi de 2015 attribue à l’État et à la collectivité la responsabilité du bien-être et de la sécurité des êtres animaux. L’UPA reconnaît d’ailleurs que ces drames entraînent des conséquences graves pour les producteurs : pertes économiques, impacts psychologiques mais également des difficultés liées à l’assurabilité et au financement. Plusieurs pompiers ont aussi perdu la vie en 1993 et 2022. Cette réalité relie la souffrance animale à celle des humains.
Les initiatives de sensibilisation et conseils lancées par le MAPAQ depuis 2017, puis par l’UPA plus récemment sont largement insuffisantes. Il faut un cadre législatif et réglementaire solide, un soutien financier réel aux producteurs, et des mécanismes de responsabilité et de sanction en cas de négligence.
Agir plutôt que banaliser : des solutions existent déjà
Face à cette inaction, le DAQ a formulé 90 recommandations issues de multiples organisations dont plusieurs peuvent être appliquées sans subvention, en misant sur la prévention et la détection.
Il est regrettable que l’UPA choisisse de minimiser la souffrance animale plutôt que d’adopter ces solutions concrètes. Ce désengagement démontre un manque de compassion à l’égard des êtres animaux, des producteurs et des premiers répondants, tout en permettant aux autorités publiques d’éluder leur responsabilité légale.
Nous appelons l’UPA, le gouvernement et l’ensemble de la collectivité à reconnaître l’urgence de la situation et à mettre enfin en œuvre des mesures concrètes pour protéger les êtres vivants dont nous avons la responsabilité.
