Brûlés vifs :
les êtres animaux oubliés
10 ans après l’adoption de la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal (Loi BÊSA), les incendies de bâtiments d’élevage se poursuivent, les êtres animaux continuent de mourir dans d’atroces souffrances.
Plus de
êtres animaux brulés vifs depuis 2015
En moyenne, 60 000 êtres animaux meurent brûlés vifs chaque année. À ce jour, il n’y a pourtant toujours aucune norme spécifique ni aucune exigence technique pour les protéger des risques d’incendie dans les bâtiments d’élevage.
39 chevaux meurent prisonniers des flammes en novembre 2018
Condamnés aux flammes
- L’inaction des ministères responsables a causé la mort et la souffrance de plus d’un demi-million d’êtres animaux depuis 10 ans.
- Les êtres animaux d’élevage sont privés de protections effectives malgré leur statut légal d’êtres sentients.
- La protection de ces êtres animaux dépend d’installations agricoles vieillissantes et dépassées.
- Lorsqu’un incendie éclate dans un bâtiment d’élevage, les êtres animaux piégés à l’intérieur ne disposent d’aucun moyen de fuite. Les cages, les enclos grillagés ou les systèmes de confinement automatiques rendent toute évacuation impossible.
- Les êtres animaux paniquent, crient, se piétinent, s’empilent pour tenter de fuir. Ils subissent une mort lente et atroce par suffocation, brûlures profondes, inhalation de fumées toxiques ou chaleur extrême. La douleur est intense, prolongée, et documentée scientifiquement.
- Les survivants ne sont pas épargnés : certains meurent dans les heures qui suivent, d’autres sont euthanasiés en raison de leurs blessures ou font l’objet de la mise à mort volontaire vu la perte de leur valeur marchande.
- Le rapport du DAQ relate des scènes où les cris des êtres animaux résonnaient pendant plusieurs heures. Témoins impuissants, les secouristes en ont été marqués à jamais.
- Les espèces les plus touchées sont les poules (environ 400 000 morts), suivis des canards (60 500), cochons (50 000), vaches (12 000), moutons et chevaux.
- La compilation des incendies effectuée par le DAQ constitue un nombre conservateur, puisqu’elle repose uniquement sur les incidents médiatisés. Aucune base de données gouvernementale ne tient compte du nombre de décès des êtres animaux liés aux incendies. Le ministère de la Sécurité publique (MSP) classe ces pertes dans les biens matériels.
Des vies derrières les flammes
- Ces tragédies humaines, rarement médiatisées, démontrent que l’inaction n’affecte pas que les êtres animaux. Les pompiers, souvent bénévoles, sont confrontés à un dilemme éthique : sauver les êtres animaux dans un bâtiment condamné, ou contenir le feu.
- Les éleveurs perdent leurs bâtiments et leurs troupeaux — souvent leur principale source de revenus — et peuvent voir leur santé mentale durement affectée. Des cas de stress post-traumatique sont recensés dans plusieurs régions agricoles.
- En dépit de leurs responsabilités respectives, ni le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) ni le ministère de la Sécurité publique (MSP) n’ont pris de mesures concrètes pour assurer la sécurité des êtres animaux d’élevage en cas d’incendie.
- Le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), responsable du soutien aux municipalités, ne fournit aucun financement spécifique à la modernisation des infrastructures agricoles.
- En près de 10 ans, aucun programme provincial n’a été mis en place pour prévenir les incendies dans les bâtiments d’élevage. Aucune directive n’a été émise pour inclure les êtres animaux dans les rapports d’intervention ni pour imposer des normes minimales de sécurité. Les demandes du DAQ, les rencontres avec les ministères et les rapports médiatiques n’ont abouti à aucune réforme législative.
- Ce silence est d’autant plus troublant que les pertes humaines, animales et financières sont évitables. Il révèle une banalisation systémique de la souffrance animale et humaine en contexte agricole.
- Les chiffres sont clairs, les solutions connues et la souffrance infligée aux êtres animaux, inexcusable. Le Québec n’a aucune excuse pour ne pas agir. Le DAQ appelle à une réforme d’ensemble, fondée sur le respect de la vie, la responsabilité collective et la cohérence entre les lois et les pratiques.
Plusieurs dizaines de vaches et leurs veaux rencontrent une fin tragique en février 2023.
Notre campagne
Foire aux questions
Pourquoi les incendies dans les bâtiments d’élevage représentent un problème au Québec?
- Depuis 2015, plus de 550 000 animaux d’élevage sont morts brûlés vifs dans des incendies de bâtiments d’élevage au Québec, soit, en moyenne, plus de 60 000 morts chaque année. Les statistiques montrent que le nombre d’incendies dans les bâtiments d’élevage demeure élevé, et que cette tragédie persiste d’année en année.
- On parle ici de poules, de canards, de cochons, de vaches, de moutons et de chevaux qui périssent dans d’atroces souffrances.
- Ces êtres animaux souffrent pendant de longs moments de suffocation, d’asphyxie, de détresse respiratoire et d’irritation oculaire. C’est comme mourir dans une chambre à gaz, mais aussi être incinéré pour les êtres animaux qui ne succombent pas immédiatement à la fumée.
- Le nombre d’incendies, la fréquence, le nombre d’êtres animaux brulés vifs, mois après mois, année après année, la souffrance inestimable et inutile, témoignent d’un problème systémique, de la négligence du gouvernement.
Quelles sont les principales causes de ces incendies?
- Les causes principales sont connues : les pannes électriques, les défaillances mécaniques, la présence de matériaux combustibles comme le foin et la paille et le manque d’entretien des installations. Les élevages intensifs, où le nombre d’êtres animaux par bâtiment est très élevé, sont aussi plus à risque.
- Malgré la reconnaissance juridique de la sentience animale depuis 2015, la réglementation actuelle traite encore la majorité des êtres animaux comme des pertes matérielles, et très peu de municipalités exigent des mesures spécifiques pour les bâtiments d’élevage. Le gouvernement du Québec n’a encore instauré aucune obligation légale pour les municipalités.
Pourquoi si peu d’êtres animaux parviennent-ils à échapper aux flammes?
- Les statistiques révèlent que la majorité des bâtiments d’élevage ne sont pas équipés de systèmes d’avertissement incendie, tels que des détecteurs de fumée ou de chaleur, ni de systèmes de suppression, comme des gicleurs. Les études du DAQ révèlent que 333 municipalités situées dans les trois régions les plus touchées regroupent plus de 50 % des incendies au Québec, soit Chaudière-Appalaches, suivie du Centre-du-Québec et de la Montérégie.
- Peu de contrôles ou de normes spécifiques sont exigés pour garantir la sécurité des êtres animaux d’élevage, et leur évacuation n’est pratiquement jamais planifiée.
- Le ministère de la Sécurité publique classe pourtant les bâtiments agricoles comme des structures à risque élevé d’incendie.
Existe-t-il une obligation légale de protéger les êtres animaux en cas d’incendie ?
- Malgré la reconnaissance juridique de la sentience animale depuis 2015, la réglementation actuelle traite encore la majorité des êtres animaux comme des pertes matérielles, et très peu de municipalités exigent des mesures spécifiques pour les bâtiments d’élevage. Le gouvernement du Québec n’a encore instauré aucune obligation légale pour les municipalités.
- Le manque de dispositions spécifiques à la sécurité n’est tout simplement pas adapté au nouveau statut juridique des êtres animaux au Québec.
Quelles solutions pourraient être mises en place?
- Pour régler ce problème tragique, des solutions existent. Il suffit de rendre obligatoires l’installation de détecteurs de chaleur et de fumée, la création et la mise à jour de plans d’évacuation, d’imposer des inspections régulières des installations électriques, et de comptabiliser la perte des êtres animaux.
- Des pratiques simples comme l’entretien régulier des fils électriques, le nettoyage des granges, la surveillance nocturne ou l’utilisation de matériaux ignifuges sont des moyens simples, abordables et efficaces de prévenir les incendies.
Quels obstacles empêchent la mise en place de meilleures protections?
- Malheureusement, les coûts d’installation, l’absence d’obligation réglementaire, et le manque d’accompagnement technique compliquent la modernisation des bâtiments d’élevage.
- C’est pourquoi nous demandons plus de soutien de la part du gouvernement pour accompagner les éleveurs dans la mise à jour de leurs installations. Comme éleveurs, on peut également penser que ça n’arrive juste aux autres et donc on ne prend pas les précautions suffisantes.
Quelles sont les conséquences pour les êtres humains?
- Les éleveurs subissent de lourdes conséquences émotionnelles : la perte d’êtres animaux, le traumatisme lié à la scène, voire le syndrome de stress post-traumatique.
- Les pompiers et les premiers répondants sont eux aussi confrontés à des risques élevés, y compris la mort lors d’interventions difficiles. Les scènes tragiques des êtres animaux agonisants sont tragiques pour tout le monde.
Comment puis-je participer à l’interpellation du gouvernement?
- Vous pouvez aller signer la pétition que la DAQ a mis en ligne afin d’exiger du gouvernement du Québec qu’il agisse.
- Vous pouvez communiquer avec l’élu.e dans votre circonscription pour lui demander de porter cet enjeu à l’Assemblée nationale ou vos élu.es municipaux si vous habitez dans une région touchée.
- C’est ensemble qu’on peut forcer le gouvernement à agir et à arrêter de détourner le regard.
Le droit à la ferme - Université d'Ottawa 2025
En savoir d'avantage
Le statut juridique des êtres animaux au Québec
56 000 poules perdent la vie, coincées dans un incendie de juin 2018
- Depuis 2015, le Code civil du Québec reconnaît les êtres animaux comme des êtres doués de sensibilité, capables de ressentir douleur, peur, plaisir, et bien-être (article 898.1 Code civil du Québec). Cette disposition marque un tournant éthique majeur : les êtres animaux ne sont plus considérés comme de simples biens meubles. Pourtant, cette reconnaissance reste peu suivie d’effet dans le secteur agricole.
- La Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal (Loi BÊSA), adoptée parallèlement en 2015, impose notamment des obligations de soins et interdit de causer de la détresse, afin de garantir la santé et la sécurité des êtres animaux tout au long de leur vie. Cependant, les êtres animaux d’élevage sont soumis à des régimes dérogatoires et à des codes de pratiques non contraignants.
- Par exemple, il n’existe aucune obligation imposant la présence de systèmes de détection ni de suppression d’incendie, tels que des détecteurs de fumée ou de chaleur, ni d’issues d’évacuation dans les bâtiments d’élevage. La Loi sur la sécurité incendie n’établit pas de normes spécifiques pour les bâtiments d’élevage, et le Code de construction n’impose aucune exigence technique pour protéger les êtres animaux.
- Résultat : les êtres animaux d’élevage sont privés de protections effectives malgré leur statut légal d’êtres sentients.
L’environnement juridique
13 000 poules meurent asphyxiées en juin 2023
- Depuis 2015, le Code civil du Québec reconnaît que les êtres animaux ne sont plus des biens, mais des êtres sentients. Ce changement juridique exige une adaptation des lois existantes pour assurer leur protection. Toutefois, le cadre législatif en matière d’incendies dans les bâtiments d’élevage ne tient pas compte de cette évolution : les êtres animaux y sont toujours traités comme des biens matériels.
- Malgré le classement de ces bâtiments comme structures à risque élevé par le ministère de la Sécurité publique, de nombreuses exemptions s’appliquent, et il n’existe pas de dispositions spécifiques pour assurer la sécurité des êtres animaux. De plus, les pratiques agricoles continuent de causer des souffrances importantes aux êtres animaux en contradiction, avec la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal (Loi BÊSA). L’exemption des activités agricoles prévue dans cette loi compromet gravement la protection des êtres animaux d’élevage face aux risques d’incendie.
Les limites du cadre municipal
13 000 poules meurent asphyxiées en juin 2023
- En vertu de la Loi sur la sécurité incendie, chaque municipalité doit adopter un schéma de couverture des risques afin d’évaluer les menaces présentes sur son territoire et de planifier les interventions. Dans les municipalités, les schémas de risques obligatoires sont souvent généralistes et peu adaptés aux réalités agricoles.
- L’étude du DAQ a porté sur 333 municipalités situées dans trois régions les plus touchées par les incendies. Elle révèle que seules 160 d’entre elles (environ la moitié) prévoient des dispositions en matière de sécurité incendie dans leurs règlements municipaux, lesquelles restent toutefois générales et peu développées. Parmi ces 160 municipalités, une seule intègre des règles spécifiques aux bâtiments d’élevage abritant des êtres animaux. La majorité des règlements concerne les bâtiments agricoles ou résidentiels de manière générale, sans tenir compte des particularités liées à la présence des êtres animaux.
- Conclusion : Il existe un important déficit réglementaire en matière de sécurité incendie propre aux bâtiments d’élevage. Or, une protection adéquate des êtres animaux nécessite des mesures spécifiques, renforcées et appliquées de manière rigoureuse.
La répartition géographique des incendies
- Le rapport du DAQ identifie trois régions critiques au Québec : Chaudière-Appalaches en tête, suivie du Centre-du-Québec et de la Montérégie. Ces régions concentrent une majorité des grandes exploitations porcines, laitières et avicoles. Elles cumulent également le plus grand nombre d’incendies agricoles mortels pour les êtres animaux.
- Sur les 17 régions administratives du Québec, ces trois régions représentent, à elles seules, plus de la moitié des bâtiments agricoles endommagés par les incendies. Malgré leurs différences en termes de densité de population, elles ont pour point commun d’être les régions les plus agricoles du Québec. Ce sont les régions qui affichent le plus grand taux de zone agricole par rapport à l’étendue de leur territoire.
Des conséquences tragiques
300 vaches périssent dans un incendie en mai 2025.
- Les éleveurs, en tant que premiers responsables des êtres animaux, ont une obligation de diligence raisonnable qui inclut le devoir de prendre les mesures nécessaires pour prévenir les risques connus, comme les incendies. Cependant, peu ou aucun soutien financier n’est offert aux agriculteurs. Or, le rapport révèle que bon nombre d’éleveurs n’installent aucun détecteur, ne testent pas leurs équipements, et ne mettent pas en place de plan d’évacuation.
- Les incendies agricoles entraînent des pertes financières considérables : destruction de bâtiments, perte de cheptel, interruption de production, équipements à remplacer, frais de nettoyage, impact sur la réputation. Peu de polices d’assurance exigent des équipements de sécurité.
- Le rapport propose une réforme du régime d’assurance agricole : bonification des primes pour les bâtiments sécurisés, inspections régulières, clauses de prévention obligatoires. Une meilleure prise en compte du risque animal et des incitatifs financiers pourrait améliorer le rapport de l’industrie à la prévention. Les sociétés d’assurance, pour leur part, pourraient jouer un rôle incitatif majeur. Elles détiennent le pouvoir de conditionner, en partie, la couverture à la mise en place de mesures de sécurité.
- De même, les associations professionnelles et syndicats agricoles, les médecins vétérinaires, les chercheurs, les ingénieurs et les journalistes ont également un rôle à jouer dans la sensibilisation et la documentation des impacts. Toutefois, leur mobilisation reste marginale, faute de ressources, de mandat clair ou de reconnaissance institutionnelle.
Les solutions proposées
300 vaches périssent dans un incendie en mai 2025.
- Mesures d’application immédiates, sans subvention : installation de détecteurs de fumée et de chaleur, vérification électrique annuelle, interdiction d’entreposer des matières inflammables dans les zones abritant des êtres animaux, ainsi que d’autres mesures de prévention de base.
- Mesures subventionnées en 2025 : alarme incendie connectée, ventilation d’urgence, cloisons coupe-feu, lumières de secours et autres dispositifs visant à limiter les risques d’incendie.
- Réformes législatives : modification des lois pour imposer des obligations spécifiques, ajout de normes minimales dans le Code de la construction, intégration des êtres animaux dans les rapports d’incident ainsi que d’autres modifications réglementaires pertinentes pour renforcer la protection contre les incendies.
- Nouvelles constructions : classification selon le nombre d’êtres animaux, plans d’évacuation selon l’espèce, certification obligatoire, subventions ciblées et adaptées au nouveau statut juridique des êtres animaux.
Les recommandations de Droit animalier Québec
Ces recommandations sont accompagnées d’un échéancier et de fiches pratiques prêtes à l’usage pour les municipalités, les MRC et les producteurs. Elles visent une transition progressive, mais structurée vers une agriculture plus respectueuse de la vie animale.
Pour voir connaître les détails de l’ensemble des recommandations, consultez le rapport complet du DAQ
Recensement des incendies selon la date, le nombre de victimes et le lieu
56 000 poules perdent la vie, coincées dans un incendie de juin 2018
Pour en savoir plus, consultez notre compilation des incendies de bâtiments d’élevage.
Pétition
Cette nouvelle pétition, appuyée par une étude exhaustive révélant des faits inédits, représente une occasion unique de faire avancer la cause. Signez-la dès maintenant !
Condamnés aux flammes





















Pour de plus amples informations : info@daq.quebec